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Patients

17 janvier 2013

Note de lecture

Une fois n’est pas coutume, et de toute façon, étant donné le nombre d’articles sur ce blog, on ne peut pas dire non plus qu’il y ait vraiment des coutumes.

A propos d’un livre, intitulé Patients…

C’est au cours d’une journée d’étude consacrée aux traumatisés crâniens, il y a quelques années, que le nom de Grand Corps Malade a été prononcé pour la première fois devant moi.

Celui qui en parlait était un parent de traumatisé crânien, et il a simplement dit que ce jeune auteur au pseudonyme explicite parlait particulièrement bien du handicap, même si lui-même n’était pas un traumatisé crânien.

Passant devant un disquaire quelques jours après, je me renseignais, trouvais son dernier disque, et l’achetais. Du même coup je découvrais le slam.

GCM

Rentrée chez moi, je l’ai écouté, et j’ai d’emblée aimé ses paroles intelligentes et sensibles, ses descriptions poétiques de sa ville, de sa vie, et l’évocation à la fois pudique et réaliste de son handicap.

« Alors j’ai découvert de l’intérieur un monde parallèle,

Un monde où les gens te regardent avec gêne ou avec compassion,

Un monde où être autonome devient un objectif irréel,

Un monde qui existait sans que j’y fasse vraiment attention. »

J’ai vu qu’il était l’auteur de ses textes, et j’ai pensé que c’était un écrivain et un poète.

Quelques mois plus tard, dans une émission de radio à laquelle je participais, consacrée à l’évaluation du dommage corporel, j’ai fait passer le morceau qu’il a justement mis en préface de son livre.

Car le livre, nous y arrivons.

Il est sorti en octobre, mais je ne l’avais pas vu, et c’est par hasard que je l’ai découvert en flânant dans une librairie.

Aussitôt vu, aussitôt acheté, aussitôt lu.

Je n’ai pas été déçue.

Grand Corps Malade y décrit non pas son histoire, mais son expérience, l’accident qui fait de lui un blessé médullaire, la réanimation, la rééducation, tous ces moments que nous connaissons, nous autres médecins, de l’autre côté.

Bien sûr il y a une galerie de portraits, les médecins pas toujours à la hauteur, les autres soignants, kinés, aides-soignants, infirmiers, au rôle essentiel… et les patients qui réagissent comme ils peuvent à l’accident qui transforme leur vie et les fait basculer dans un monde différent.

« C’est peut-être un monde fait de décence, de silence, de résistance,

Un équilibre fragile, un oiseau dans l’orage,

Une frontière étroite entre souffrance et espérance,

Ouvre les yeux, c’est surtout un monde de courage. »

Ils sont tous croqués avec beaucoup d’humanité, de générosité, de sensibilité…

Il y a la vie quotidienne, les relations entre les patients. Les souffrances physiques et morales des uns et des autres sont évoquées avec délicatesse et justesse.

Mais surtout, tout cela est raconté avec beaucoup d’humour et de distance, permettant cette plongée dans le monde du handicap sans aucun pathos ni sensiblerie.

« J’aime entendre, raconter, j’aime montrer et j’aime voir,

j’aime apprendre, partager, tant qu’y a de l’échange, y a de l’espoir. »

C’est un livre enrichissant, parce qu’il apporte une vision de l’humanité difficile, mais généreuse.

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2 commentaires
  1. Je n’apprécie pas à proprement parler le Slam mais ses mots me touchent, et je l’ai entendu parler de son livre il y a quelques jour avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Ce billet est un bel hommage qui donne envie de le lire, merci!

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